Il etait une fois "Panique à Florida Beach"…
Vous souvenez vous de ce vieux cinéma dont nous avons tous rêvé ? Un palace dédié au 7eme art où le long des couloirs labyrinthiques aux murs couverts d’affiches peintes, vous déambulez, sur une moquette rouge carmin constellée de pop-corn tiédi d’un caramel encore coulant.
Eh bien ! Ce cinéma existe ! Il est même le héros du film Panique à Florida Beach de Joe Dante –Piranhas, Gremlins.
Dépoussiérons un genre ici à l’honneur ; le film de série B où l’innovation technique va de pair avec l’inspiration créatrice et le fantasme d’un cinéma total.
Tout débute dans cette petite bourgade kitchissime de Floride pendant la crise des missiles de cuba en 1962. La menace d’une attaque nucléaire vient d’éclater et la population voit dans le cinéma un palliatif cathartique efficace. Arrive en ville le réalisateur Lawrence Woosley, qui présente son nouveau film Mant. Le cinéma est l’endroit où tout se passe.
Joe Dante scinde son œuvre en deux parties : la préparation de la projection du film tant attendu et le moment clef de la première séance.
Mant est l’histoire d’un homme qui fusionne avec une fourmi lors d’une vague de radiations.
Le réalisateur manie avec aisance et finesse l’image et la lumière pour nous faire passer d’un film à un autre et réussir avec finesse un vrai exercice de style. Effectivement il tourne entièrement Mant –le film dans le film- sans étalage de technicité mais avec les moyens et l’esthétique des Sixties.
S’il s’agit d’une mise en abime du cinéma et de son pouvoir d’attraction; c’est aussi un hommage au film d’épouvante low budget et sa ribambelle d’innovations « home-made ».
Vidéo Mant bande annonce
Nous suivons ce réalisateur dans sa conquête d’un mythe : le cinéma total.
« L’idée cinématographique tend à une représentation totale et intégrale de la réalité, elle envisage d’emblée la restitution d’une illusion parfaite du monde extérieur avec le son, la couleur et le relief. Si le cinéma au berceau n’eut pas tous les attributs du cinéma total de demain, ce fut donc bien à son corps défendant et seulement parce que les fées étaient techniquement impuissantes à l’en doter en dépit de leurs désirs. » H. Bazin Le mythe du cinéma total 1946
Toujours dans cette volonté de « la restitution d’une illusion parfaite du monde extérieur » William Woosley – John Goodman- prend en charge le spectateur et ses émotions, du début à la fin, grâce à ses multiples gimmicks.
Et l’innovation technologique prend ici tout son sens.
Joe Dante se fait le témoin d’une époque où le cinéma était synonyme d’attraction. Dans Panique à Florida Beach nous découvrons les coulisses d’un spectacle où tout est fabriqué sur mesure dans le seul but de faire ressentir.
Avec le RumbleRama, ses oreilles vrombiront à la moindre détonation et l’Atomovision fera vibrer son siège.
Le personnage du producteur –réalisateur William Woosley s’inspire d’un vrai entrepreneur du spectacle qui ne renonçait à aucune invention pour offrir à son audience un film grandeur nature : William Castle.
Précurseur et avant gardiste, William Castle ne présentait pas qu’un film mais un spectacle où le film dépasse bien la limite de l’écran.
Des affiches en relief, des personnages géants cartonnés à côté du guichet, des comédiens déguisés dans le hall d’entrée ; et dans la salle le règne de Castle vous happe dans une d’expérience inédite jouant avec vos nerfs.
Castle utilise l’innovation technique et son vocabulaire pour instaurer un nouveau gimmick à chacun de ses films.
House on Haunted Hill -1959-se couplait d’une invention EMERGO, où un squelette géant traversait la salle en flottant au-dessus du publique, en temps réel lorsqu’il apparaissait dans le film.
Vidéo Emergo
Je vous laisse le soin de savourer cette bande annonce qui vend juste le procédé inventif de Castle.
Le squelette à défaut de causer l’effroi devenait une cible pour les mangeurs de pop-corn.
Il décide alors d’aller bien plus loin et d’agir directement sur les spectateurs et pour les sentir impliquer, il comprit qu’il devait y avoir stimulations.
Laurence Alfonsi définit ainsi le cinéma et l’importance des stimuli –in Le cinéma du futur : les enjeux des nouvelles technologies de l’image –
« A l’origine le cinéma est une suite d’un grand nombre d’inventions visant à l’illusion parfaite du monde sensible. La stimulation de tous les sens est une vieille chimère qui semble hanter l’esprit des hommes (…) le cinémascope, le relief, les écrans circulaires et bien d’autres, visent à faire sortir l’image de l’écran, l’agrandir, transformer la surface de projection frontale en dispositif inversif afin de créer des sensations proches de la réalité»
Lors de la sortie de The Tingler -1960-, il fit installer dans chaque salle le Percepto. Les exploitants de salles recevaient un kit avec un manuel pour placer sur des sièges, un procédé motorisé qui fit vibrer toutes les salles aux moments fatidiques du film.
Les avancées techniques sont des outils pour créer un cinéma qui déborde de l’écran pour engloutir un bout de réalité.
Vidéo salle de bain gore
Ici, il se penche sur la colorisation partielle de la pellicule pour appuyer toujours plus fort sur la corde sensible du public de l’époque. Toutefois il détourne les codes de l’innovation en filmant la scène en couleur pour la transformer en noir et blanc et écrire ici une des premières scènes d’un gore à la limite de la poésie.
Il marque encore les esprits en détournant les prémisses d’une 3d qui n’en est qu’à ses balbutiements pour créer des lunettes et inventer l’ ILLUSION-O pour son film 13Ghosts -1961-.
Le chasseur d’ectoplasmes dans la salle comme à l’écran utilise son gadget pour voir ou non le fantôme du film.
Et toujours en bon entrepreneur d’innovations, il sait s’investir personnellement pour nous présenter sa nouvelle création en nous vantant des sensations encore plus folles, avec une mise en scène toujours chiadée.
Vidéo 13 Ghosts
Bertrand Tavernier définit William Castle comme « un naïf qui se prend pour Hitchcock et un habile homme d’affaires qui sait rendre lucratives ses illusions de grandeur. »
Il s’agit peut-être de savoir se laisser charmer par le cinéma et sa petite magie lorsque mère 3D et père Animation étaient encore bien loin.
Pour un avant-gout de cette magie, le film de Joe Dante vous initie et fait découvrir ce cinéma attraction, dans une édition dvd truffée de bonus de qualité- entretiens avec le réalisateur, documentaire sur Castle, moyen métrage Mant- chez Carlotta.
Panic sur Florida Beach – Carlotta Films, Sortie film: 28 juillet 1993 (France), Sortie DVD: 1er juin 2011
K. G.








